Pour promouvoir le don d’organes, Michel Stückelberger se rend aux Mondiaux des transplantés
A le voir jeune, bronzé et si plein d’entrain, on a du mal à imaginer qu’il y a un an, il sortait de l’hôpital avec une double greffe des poumons. Plus étonnant encore, Michel Stückelberger, 28 ans, a décidé de rejoindre Gôteborg… à vélo. En juin, la ville suédoise accueille les Jeux mondiaux des transplantés. Le jeune homme est inscrit dans quatre épreuves: les 5 et 20 km à vélo, le 5 km de course à pied et le 400 m sprint! «Je serai sûrement très mauvais en course à pied, tempère-t-il, mais peu importe le résultat. L’objectif est de promouvoir le don d’organes, encore bien trop faible en Suisse.»
Pourquoi parcourir 2000 km à vélo? Pour le panache, mais pas seulement. «C’est une façon de reprendre pied, de composer avec toute la souffrance vécue lors de la greffe.» Une manière aussi d’encourager une amie, Marie-Laure, qui attend une transplantation depuis deux ans et demi.
Parler du don en famille
Le regard azur du Genevois s’emplit de larmes au souvenir de trois amis morts dans l’attente d’une greffe. «Je ne crois pas qu’on soit plus égoïste en Suisse qu’en Espagne, premier pays donneur d’Europe. Il me semble que la chose la plus importante est de parler du don d’organes autour de soi. Quand un proche disparaît, on ignore souvent quel était son avis sur la question. Et, dans le doute, on refuse de donner ses organes. Bien sûr qu’il est douloureux de se poser ces questions-là, mais cela peut aussi soulager de savoir.»
Né à Verbier en 1982, Michel Stückelberger est atteint de mucoviscidose, comme son frère aîné. En 2008, il va suffisamment bien pour réaliser «un rêve»: un voyage à vélo (déjà) entre l’Alaska et Ushuaia, préparé physiquement et financièrement pendant quatre ans avec son meilleur ami.
Le rêve se brise net à Mexico en février 2009: Michel attrape la grippe A. Il doit être rapatrié. En une année, il enchaîne neuf hospitalisations. Son état s’aggrave. La seule solution devient la greffe. Elle est décidée en super-urgence et réalisée le 13 février 2010.
«Peu à peu, tout renaît»
L’opération est suivie de complications. A Pâques 2010, «je n’avais plus de muscles et pesais 45 kilos. Il m’a fallu une année pour me remettre d’aplomb. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de rejet de la greffe. C’est inespéré!»
Ce rétablissement aussi rapide, le jeune homme l’explique, en partie, par sa volonté: «Je suis très attaché à mon autonomie, c’est peut-être mon moteur.» Aux côtés de sa compagne, médecin, il a vu «peu à peu tout renaître. Avant, la maladie prenait la majorité de mon temps et toute mon énergie. Par respect pour le don que j’ai reçu, je fais très attention au¬jourd’hui. Je pars en Suède avec l’accord des médecins; si cela se passe mal, je ferai demi-tour.»
Dans son périple, Michel Stückelberger entend prendre son temps. «Je roulerai deux heures par jour. Le vélo a cette lenteur qui permet de s’ouvrir au monde et aux autres. On avance sans faire de bruit. Sans s’imposer. C’est une preuve de confiance en la vie.»
Lire cet article au format PDF: Tribune de Genève # 7 mai 2011 # Sophie Davaris
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